L'ALGUE BRUNE

Dans un creux d'eau salée
Je t'ai vu plonger
Belle amoureuse insouciante
Ce qui est remonté
De ta beauté
Une algue brune
Qui danse
Si jamais je suivais
Ton plongeon
Sous les vagues
Trouverais-je la vaillance
Pour te dire
Bientôt viendra le soir ?
Tout en haut des rochers
Ta silhouette est penchée
Je l'aperçois qui s'élance
Ce qu'elle est devenue
Nul n'a su
Une algue brune
Qui danse
Sur la mer s'est couché
L'horizon
Et devant
Nos ombres s'allongent
Pour couvrir
Le long chemin du soir
MASCARADE

Un paon
Perdu dans ton regard
Si noir
Miroir
Tendu
Au soir
Si bleu
Un paon
Sous son grand éventail
Fermé
Mystère
Ouvert
Ou noir
Sois bleu
Soie bleue
Parade
Mascarade
Parodie
Un paon
Comme un bel artifice
Qui glisse
Soudain
Des larmes
Dans
Tes yeux
Un paon
Perché dans ta mémoire
Si loin
Reflets
Perdus
D'un autre bleu
Si bleu
Parade
Mascarade
Paradis
PLEINE LUNE

La lune te voit
Tu restes sans voix
Vers toi sa tête se penche
Mais sa solitude te dérange
Pleine d'envie elle aperçoit
La belle cerise que tu manges
La lune est cachée
Ton corps est tâché
D'étoiles perdues dans les branches
D'un halo salé
Volé aux marées
Qu'elle garde au creux de ta hanche
Tu passes au-dessus
D'une terre inconnue
Dans le sillage d'un ange
A jamais déçu
Par ta venue
Et qui d'un coup d'épée
Se venge
Elle voudrait rendre
Sa couleur de cendre
La face cachée de ton fruit
Blessé sur la tranche
Ton cœur s'épanche
Son jus s'écoule sans bruit
Elle n'est plus blanche
Elle n'est plus franche
La douce beauté de la nuit
Tes mensonges avancent
D'un pas de danse
D'un pas de loup qui s'enfuit
La lune te voit
Je reste sans voix
Vers toi ma tête se penche
Si ma solitude te dérange
Cette nuit je ne goûterai pas
La belle cerise que tu manges
LE VIEUX PIGEON

J'ai pris sous mon aile un pigeon usé
Curieux volatile
Gris comme la ville
Triste comme les quais
Il avait frotté aux roues des voitures
Son aile salie
Son vol alangui
Sa vieille voilure
Quand est arrivé le beau temps
Il s'est mis à battre de l'aile
Il volait moins haut qu'une hirondelle
Mais il faisait le printemps
J'ai mis sous son aile un papier plié
Dessin à la plume
Destinée à une
Dame de mes pensées
J'ai mis ce papier léger comme une plume
Ancienne coutume
Sur son coeur inquiet
Prêt à s'envoler
Puis j'ai dit « va et reviens-t'en »
Mais il n'a pas bougé d'une aile
Il a regardé les hirondelles
Qui s'amusaient dans le vent
Depuis ce pigeon m'a pris sous son aile
Et l'on est restés
Debouts sur le quai
De ce mois de mai
QUI VA PIANO ?

Laisse-moi du temps pour y penser
Quelques années pour oublier
Toute une vie pour comprendre
De quoi la paresse est faite
Si les choses ont un air de fête
Ou de septembre
Est-ce bien la peine de se donner
Un autre rendez-vous manqué
Voir les feuilles sur les branches ?
Elles sont entrées par la fenêtre
Et ont mis comme un air de fête
Ou de septembre
Qui va piano ?
Qu'est-ce qui nous pousse dans le dos ?
Pas des ailes mais du vent
L'avenir n'est pas devant
Mais assis au piano
Un si beau piano
Et si jamais on me priait
De me presser je m'en irais
M'allonger sous les branches
J'entendrais le piano peut-être
Jouer encore son air de fête
Ou de septembre
Qui va piano ?
Qu'est-ce qui nous pousse dans le dos ?
Pas des ailes mais des gens
L'avenir n'est pas devant
Mais assis au piano
Un si beau piano